jeudi 5 novembre 2009
Madame a ses vapeurs (2)… !
« Les vapeurs c’est l’ennui » dira Mme d’Epinay. « Les vapeurs, c’est la mauvaise hygiène » diront les écrits du temps, ces repas pris à des heures irrégulières, ces soupers tardifs où l’on mange jusqu’à l’indigestion ; cette cuisine étrange composée de mets épicés, « de jus de coulis, d’épices, de brûlots », un « sublimé de succulence donnant au jeu des organes des effervescences factices »,
l’abus tant de fois dénoncé du thé, du café, du chocolat – cet innocent chocolat considéré par nous d’une nature tellement inoffensive et condamné alors par la médecine comme excitant – l’usage des parfums entêtants et de ces liqueurs de Lorraine que tous achètent depuis peu.
« Les vapeurs » viennent de ce « corps de baleine qui comprime les organes et embarrasse la respiration », que la femme porte en sortant du maillot et portera toute sa vie, et sans lequel elle ressemblerait à ces êtres informes, dénommées « femmes de campagne », dont la seule pensée fait frémir d’horreur. Et sur ce «corps de baleine » l’on versera des flots d’encre.
Il y aura des livres, des brochures sur « la dégradation de l’espèce humaine par l’usage des corps à baleines » ; on entreprendra contre les « corps baleinés » une véritable croisade qui…sera du temps perdu et ne convaincra personne. Je vous l’ai bien dit, Mesdames, il n’y a rien de neuf sous le soleil !...
« Les vapeurs » viennent de l’abus des fards, prétendra-t-on encore.
De l’habitude du blanc et du rouge qu’on ne portait autrefois qu’après le mariage, qu’on voit aujourd’hui aux joues des jeunes filles et dont la femme abuse avec plus d’excès à mesure qu’elle vieillit ; usage malsain de préparations plus malsaines encore ; ce blanc n’est pas toujours du blanc de Candie, fait de coquilles d’œufs ; il est souvent composé de magistères de bismuth, jupiter, saturne, de céruse ; ce rouge ne se tire pas seulement de matières animales ou végétales comme la cochenille, le santal rouge, le bois de Fernambouc, mais aussi de minéraux comme le cin abre, le minium, de minéraux de plomb, de soufre et de mercure calcinés au feu de réverbère.
Et que de maux venant de là, de ce blanc et surtout de ce rouge, dont le plus inoffensif, le carmin même, le rouge végétal, le rouge de Portugal, si renommé comme le plus beau et le plus haut en couleur, est abandonné par les femmes à cause des douleurs de tête et des démangeaisons qu’il leur cause ! Des boutons, des fluxions du visage ou des gencives, c’est le moindre inconvénient de cette enluminure et de ce plâtrage ; le blanc et le rouge ne gâtent pas seulement les dents, ils font plus qu’abîmer les yeux, jusqu’à menacer la vue ; ils attaquent tout le système nerveux et amènent dans tout le corps des désordres qui ne s’arrêtent qu’à la cessation de leur emploi.
(La femme au XVIII) siècle, E. et J. Goncourt)
«Les vapeurs» viennent des mauvaises lectures, de ces romans sur lesquels la femme pleure, vibre, se passionne durant ses longues insomnies…
« Les vapeurs», c’est la vie mondaine à outrance…
«Les vapeurs », viennent de tout, de partout, chacun dit son mot là-dessus, personne ne résout la question, les « traités des affections vaporeuses » pleuvent. Chaque médecin écrit le sien, ce qui ne remédie pas à grand’chose, car le mal vient de s’aggraver de ceci qu’il est devenu une mode. « Les vapeurs » finissent par être « bien portées », par être « ce que l’on doit être ».
Et voilà une société entière atteinte de cette étrange maladie, sorte de névrose prenant toutes les formes, tournant à la mélancolie, à l’hypocondrie.
S’il est cependant de bon ton d’en être atteint, il est également du meilleur ton de chercher à se guérir du mal à la mode.
On s’adresse donc aux médecins, qui ne perdent point si belle occasion de multiplier les purgatifs et les saignées. On s’adresse aux empiriques, aux charlatans ; les uns préconisent des emplâtres sur le nombril, les autres des frictions en rond avec un tampon de flanelle sur le creux de l’estomac, on essaye des toniques, des excitants, des anti-spasmodiques ; on n’arrive à rien, ces divers traitements ont des effets plus déplorables les uns que les autres.
A Suivre… !
Commentaires
Souffrir...
...pour paraître belles, souffrir pour "guérir" ! il faut lire les mémoires de Casanova.Cela dit, l'époque a-t-elle vraiment changé ? Les charlatans sont-ils moins nombreux ?
P.S: Ah si les viandards pouvaient avoir des vapeurs au moment de tirer !
les vapeurs
c'est sérieusement fumeux grrrrrr et sans fumet
Bien sur ! ..
...c'est ça !
....c'est la faute à la bouffe et au chocolat , aux baleines et au rouge à lèvres ( biiirrrk ), aux romans et à la vie mondaine ...
Mais , bien entendu , c'est pas la faute des mouflets ni des mecs ....
Elles m'énervent ! ...
....mais elles m'énervent !!!!!...ces pauv' bonnes femmes harnachées rose - bombon ...
Tu aurais pu nous laisser sur quelque chose de moins .....enfin , de plusss ......
des fois je me dis que ça n'a pas trop changé... que c'est encore très actuel
Vrai Suri
Que t'aurais pu nous laisser avec autre chose que ce bain de vapeurs. Et si tu ne reviens que dans 6 mois heingggggg ????
Vi .....
...on dirait des endives cuites ...biiiirk .....
Moi , je connaissais sous le nom de " maladie de langueur " ..qu'avait bon dos , d'ailleurs ....vu qu'à l'époque , ils n'avaient pas découvert grand chose ...
B' jour !
...tu vas trouver des " pages lues " ...passseque j'ai cherché partout sur ton blog ton article sur " Soleil vert " ..
..ça fait rien , s'pas !
Bisous aux mouflons ...
Même pas une carte postale....
J'aurais du m'en douter que les bains de boue et ces vapeurs allaient s'éterniser !!!
Les absents ne sont jamais là pour se défendre
bein je m'en va m'en donner a coeur joie si que tu donnes pas signe de vie avant Noyel.....
bonjour Suri
faut que j'aère ac toutes ces vapeurs on ne se voit même plus !!
Pfff....
Monsieur passe et ne dit rien ! Continue comme ça et tu vas voir à ton retour ispèce de Rat à la pelisse mîtée (dixit Chris qui nous manque terriblement ) Déjà que je dois faire un effort pour charger toutes ces illustrations de bonnes femmes ! franchement j'aurais préféré voir le beau Georges Cloney ! j'suis fâchée...zénervée...râleuse...et t'as rien à dire !
Des bisous si tu le mérites à ton retour
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