vendredi 19 mai 2017

Pour Karel Appel, l’art est une fête… !

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Je m’attends (mis à part Elina) à entendre braire certains de mes ami(e)s que ce style de peinture, c’est de la foutaise. Certes, on est loin du « maniérisme » qui s’inspire de la « manière » des artistes de la Renaissance et se caractérise par un grand raffinement des formes et de la composition, tel ce tableau de Pontormo (Eglise Santa Felicita de Florence) peint en 1527.

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(La déposition de croix)

En regardant les décorations de grands magasins parisiens,

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Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec ce tableau de Karel Appel, peint en 1963.

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(Femme aux fleurs)

À partir d’une donation exceptionnelle de 21 peintures et sculptures de la Karel Appel Foundation d’Amsterdam, le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris présente une exposition retraçant l’ensemble de la carrière de l’artiste, des années *CoBrA à sa mort en 2006. Karel Appel, artiste néerlandais cosmopolite, est connu pour avoir été l'un des membres fondateurs du groupe CoBrA, créé à Paris en 1948 (et dissout en 1951). Ce groupe européen, composé d’artistes tels que Asger Jorn ou Pierre Alechinsky, se propose de dépasser les académismes de l’époque, comme l’art abstrait, considéré alors comme trop rigide et rationnel.

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(Hommes, oiseaux et soleil)

Ces artistes prônent un art spontané et expérimental, incluant un ensemble de pratiques inspirées du primitivisme.

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Ils s’intéressent particulièrement aux dessins d’enfants et à l’art des fous avec une ambition internationale, fidèles aux principes des avant-gardes.

Né fin 1948 à la sortie de la guerre, dans une période propice à tous les renouveaux, le mouvement CoBrA , sous l'égide de Dotremont, Jorn, Appel, Corneille, Pedersen auxquels se sont joints périodiquement une vingtaine d'autres artistes, s'était donné pour objectif de créer une nouvelle démarche artistique en rupture avec la dichotomie figuratif / abstrait et le surréalisme très parisien de l'entre deux guerres.

* ( Acronyme de Copenhague, Bruxelles et Amsterdam)

Si vous êtes arrivés à lire ce billet, il ne vous reste plus qu’à essayer de visionner à vos risques et périls les 7’30’’ de mon reportage.

Nota Bene : En cas de migraine ophtalmique, en guise de vaccin anti-cobra, je vous invite à regarder plusieurs fois cette vidéo afin d’être immunisé.

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vendredi 7 février 2014

Palais de Tokyo, Intense Proximité, Biennale 2012, j'y étais...!

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Le Palais de Tokyo a plus de 10 ans déjà ! Pour son anniversaire en 2012, il a fait peau neuve et s’est agrandi. Ce palais à l’aspect déroutant, décalé,  avec ses 22 000 m2, est devenu le centre d’art le plus vaste d’Europe. Décrié, mal aimé, incompris, à tel point que pour certains il est considéré comme un « Anti musée ». Pour sa réouverture,  son commissaire général, Okwui Enwezor, aujourd’hui directeur de la Haus der Kunst (Maison de l’Art) à Munich avait choisi comme concept :

La Triennale 2012 avec :

« Intense Proximité »

 

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(Peter Buggenhout, *The Blind leading the blind, )

Dès  l’entrée, mon regard est attiré par une énorme masse noire flottante, vaisseau fantôme interstellaire en lévitation,  sortie de l’imagination de Peter Buggenhout. Un assemblage hétéroclite de ferrailles, tôles tordues, bouts de filets et autres déchets, semblant  avoir été récupérés après un bombardement ou l’explosion d’un navire… ? N’est pas César qui veut, même si je pense à ses compressions.  * Perso, je préfère le tableau de Pieter Breughel.

 

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Je me demande si cette effrayante forme métallique, enrobée par la lumière abondante des grandes baies vitrées

 

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qui en amplifie sa terrifiante masse comme celle des débris d’un vaisseau spatial en désintégration,  ne va pas se décrocher  et  me tomber  sur la tête.  Ici la beauté ne sera pas accrochée aux cimaises et mise en avant. La couleur est annoncée, la laideur sera dominante. Il paraitrait que cette sculpture représenterait le poids de l’obscurité de l’art. On ne peut être plus clair, pour le moment, je suis dans le noir complet, elle n’éclaire pas la lanterne de mon inexpérience en art dit contemporain.

 

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L’immersion est  immédiate, pas le temps de prendre la température,  je suis de suite dans le bain, on ne m’a pas fait  passer par des paliers intermédiaires d’accoutumance. J’ai la désagréable impression  d’errer entre un chantier de bâtiment, un Bric à Brac digne d’un marché aux puces, un dépôt de ferrailleur ou un marché aux fleurs. 

 

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(Camille Henrot) « Peut-on être révolutionnaire et aimer les fleurs ? »

C’est assez surprenant, déroutant et même anxiogène  de me promener, disons déambuler  dans cet immense squat,  parmi les visiteurs égarés qui semblent être à la recherche d’une issue de secours.  Pas de parcours fléché, je découvre  les œuvres au gré de mes  divagations,  je m’étonne, de prime abord rien ne semble m’accrocher, pour rapidement me poser la question :

Mais qu’est-ce que je fous ici… ?

La laideur des lieux encore en travaux, des murs bruts de décoffrage,  m’incitent à accélérer la visite.

 

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Je me demande quelle première impression peut ressentir un visiteur qui découvre pour la première fois « l’Art Contemporain » dans cette atmosphère glauque.  Un tel désordre,  dans ce patchwork, ne peut  qu’encourager le néophyte à aller voir ailleurs, tant la majorité des œuvres ou installations paraissent hermétiques. Trouver le sésame d’accès à la démarche de l’artiste, sans son aide ou celle d’un guide,  voire de fiches explicatives me parait «Mission impossible».

 

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Partant de ce constat, je me bornerai dans un premier temps à insérer quelques photos sans explications, tout au plus le nom des artistes quand j’ai pris le temps de les noter. J’ai volontairement ignoré de photographier  des « immondices », ne voulant pas employer le mot œuvre, je pense à la salle où sont exposées des photos  de Jean  Luc Moulene « Les filles d’Amsterdam ». 

 

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Courbet:  (L'origine du monde)

Le tableau «L’origine du monde » de Courbet ne m’a jamais choqué (il choque encore, la Poste vient de s’ opposer à l’édition d’un timbre avec ce tableau), il n’en a pas été de même avec ces photos en grand format de prostituées, jambes écartées, ne cachant rien de leur gagne pain.  Je ne fais pas partie des grenouilles de bénitier qui, au moindre centimètre de corps dévoilé, demandent à cacher le sein qu’elles ne sauraient voir, mais à mon humble avis, ces «Erotica» ont plus leurs places dans les sex-shops, à moins qu’on ait voulu me convaincre que j’étais moi-même un voyeur dans ce  bordel ambulant… !

 

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Si vous êtes arrivé à cette origine sans vous décourager, ou vous faire des nœuds dans le cerveau, je vous invite à patienter, jusqu’à ce que je mette de l’ordre dans mes idées, vu que c’était en juin 2012. Vous aurez le droit de revenir.

A SUIVRE… !

vendredi 12 juillet 2013

Keith Haring au Musée d'Art Moderne de Paris...!

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Le Musée d'Art Moderne de Paris consacre une rétrospective à l'artiste américain Keith Haring. Cette exposition permet d'appréhender l'importance de son œuvre et plus particulièrement la nature profondément "politique" de sa démarche.

 

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Plusieurs thèmes y sont abordés: L'individu contre l'état. Le capitalisme. Les œuvres dans l'espace public. La religion. Les Mass Media. Le Racisme. L'écocide, menace nucléaire et apocalypse. Les dernières œuvres, sexe, sida et mort. Keith Haring était habité par l'obsession de dessiner, d'une manière spontanée, sans travail préparatoire.

 

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 Il y mettait toute son énergie, réalisant à chaque fois une véritable performance. Dessiner était pour lui un geste politique; se sera aussi dans les derniers mois un acte de résistance face à la mort.

L’individu contre l’État :

 

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Dès ses premières œuvres, Keith Haring s’oppose au pouvoir et à l’État. Il croit résolument en l’individualité et en la liberté pour chaque individu. Il dépeint alors l’artiste graffeur attaqué par des chiens qui aboient,

 

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le personnage déchiqueté par quatre mains géantes ou celui qui casse le bâton avec lequel on vient de le frapper. Haring a également représenté ce personnage à l’allure de robot qui vise les personnes anonymes marquées d’une croix comme des cibles. L’artiste dénonce, à travers certaines de ses œuvres, les groupes stéréotypés et classifiés par l’État, et dénonce aussi les êtres qui oublient leur propre individualité.

 

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À travers sa rébellion contre « l’establishment » et à travers ses performances, il adresse ainsi des messages défiant l’autorité de l’État sur l’individu.

Capitalisme :

 

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Radical dans son rapport au monde consumériste, Keith Haring règle ses comptes et livre une critique acerbe du capitalisme et de la société de consommation.

 

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 À travers certaines de ses œuvres, il s’insurge contre l’hégémonie des États-Unis et du dollar. Il admire Andy Warhol qu’il déclinera en Mickey Mouse dans plusieurs des ses œuvres.

 

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Par ailleurs véritable artiste homme d’affaires, Andy Warhol encourage Haring à ouvrir en 1986, un Pop Shop sur Lafayette Street où tous les objets vendus (tee-shirts, casquettes…) sont à l’effigie de ses œuvres, dans un décor imaginé par lui-même, reprenant l’idée chère à Haring de l’art accessible à tous.

Les œuvres dans l’espace public :

 

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Dès son installation à New York en 1978, Haring commence à exercer son art dans l’espace public. Il réalise alors des affiches publicitaires altérées en photocopiant par centaine des titres remaniés à partir des collages de manchettes de journaux, et les placarde dans la rue sur des lampadaires ou des kiosques. Les activités urbaines de l’artiste atteignent leur apogée lorsqu’il commence à réaliser ses dessins dans le métro (Subway Drawings) sur des panneaux noirs destinés à recevoir des affiches publicitaires.

 

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De 1980 à 1985, ses dessins à la craie (plus de 5000) sont à la fois une performance physique et artistique, voire un acte politique : produire de l’art pour tout le monde car visible par tous. Keith Haring a aussi beaucoup aimé collaborer avec les artistes de son temps, graffeurs, musiciens, danseurs, il y avait chez lui une forme de frénésie et de plaisir à produire des œuvres communes et transgressives.

Religion :

 

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Keith Haring qui a grandi dans un milieu chrétien traditionnel,  considère avec beaucoup de recul et un esprit critique l’Histoire, et notamment celle de la colonisation et de la religion. Il pensait qu’ « une grande partie du mal qui se produit dans le monde est causée au nom du bien (religion, faux prophètes, artistes à la noix, hommes politiques, businessmen…). »

 

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Dans ses dessins et peintures, des croix pénètrent les corps, se collent aux cerveaux. Haring crée dans ses œuvres tardives des scènes dramatiques dans lesquelles l’Église et ses dogmes sont dénoncés comme nocifs pour la société et l’individu. Néanmoins, tout en luttant contre toutes les « religions de contrôle », il respecte la foi individuelle.

Mass Media :

 

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Dans ses premières œuvres, Keith Haring évoque à plusieurs reprises la menace de la substitution de notre réalité par les nouvelles technologies que sont les écrans (télévision et ordinateur). Il s’inquiète par ailleurs du danger qui pèse sur la créativité et l’individualité face à l’hégémonie technologique.

 

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Dans certaines de ses toiles, il peint ainsi, à l’intérieur d’écrans, les thématiques qui le préoccupent comme la puissance atomique, le corps du Christ ou encore Mickey Mouse. La télévision et les écrans d’ordinateur dans ses peintures et ses dessins remplacent parfois le cerveau. Il a lui-même bénéficié très tôt d’une couverture médiatique incroyable et a paradoxalement joué rapidement de la « peopolisation » de sa vie et de ses relations avec Madonna, Andy Warhol, Grace Jones, Jean-Michel Basquiat.

Racisme :

 

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Keith Haring s’intéresse à de nombreuses facettes de l Histoire, il est notamment révolté par toutes les discriminations dans un monde pour lui empreint de racisme et d’oppression (histoire de la colonisation, guerre du Vietnam). L’homme blanc « mauvais » représente pour Haring le pillage, l’oppression, l’esclavage, la cause de la pauvreté.

 

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Dés son arrivée à New York, il est fasciné par la diversité des populations, il rencontre et fréquente des minorités qui l’attirent et dont il se sent proche. Tout au long de sa carrière, Harring s’est ainsi attaqué aux problématiques sociopolitiques et a produit un art engagé.

Écocide, menace nucléaire et apocalypse :

 

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Haring s’engage et cherche à encourager toute action de protection pour sauver la planète. C’est l’époque du développement écologiste. Il défend l’idée que la préservation de l’environnement relève de notre responsabilité. « Nous savons que « les humains » déterminent le futur de la planète. Nous avons le pouvoir de détruire et de créer. » Son engagement personnel se traduit le 12 juin 1982, lors dune immense manifestation contre le nucléaire, par la réalisation à ses propres frais de milliers de posters à distribuer. En 1988, il visite le Musée Mémorial de la Paix d’Hiroshima. Bouleversé, il crée un nouveau groupe d’œuvres évoquant le danger de la guerre atomique.

Dernières œuvres. Sexe, sida et mort.

 

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Lorsqu’il débarque à New York pour étudier, Haring assume pleinement son homosexualité. Il y vit d’abord  une sexualité débridée, qui transparaît à la fois dans son journal et dans ses œuvres où le sexe est très présent. Lorsque le virus du sida se propage dans les années 1980, la lutte contre cette  maladie deviendra sa bataille la plus personnelle, et dès 1985, la thématique du sida apparaît, comme dans son autoportrait aux pois rouges.

 

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Il s’engage en réalisant des affiches en faveur des rapports sexuels protégés, afin d’informer sur cette épidémie. Certaines affiches comme « Silence=Death » ont un caractère purement militant.  Il personnifie le virus sous forme d’un énorme spermatozoïde à cornes dans une série de dessins et de peintures. Personnage officiel, il contribue ainsi à divulguer et faire savoir ce qu’on ne disait pas dans les années 1980 sur cette maladie. Touché lui-même par le virus (il apprend qu’il est contaminé en 1988), il décède le 16 février 1990 à New York.

Je vous invite à regarder le montage photos qui vous donnera un aperçu plus complet de cette superbe exposition, visible jusqu'au 18 août au Palais de Tokio.

 

Source: Plaquette exposition.

Posté par grainsdesel à 21:22 - Commentaires [10] - Permalien [#]
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