dimanche 25 novembre 2007
St Pierre de Rhédes (Suite)
Lors de mon précédent billet je n’avais pu vous parler de l’intérieur de cette église, celle-ci étant fermée.
Je me suis débrouillé pour avoir les clés afin de compléter la visite et vous en faire profiter.
L’intérieur
(Nef)
La nef est simple et homogène. Sa particularité est d’être séparée en cinq travées par des colonnes jumelles. Elle se prolonge par une travée de chœur précédant elle-même l’abside semi-circulaire ; qui se caractérise par trois absidioles creusées dans l’épaisseur des murs, ébauche d’un transept à faible saillie à l’extérieur.
Dans la nef
- Fragments d’autels de chaque côté de l’entrée, dont un date de l’époque gothique.
- Bénitier simple du XIIème siècle taillé dans une pierre tendre.
- Présence de deux bancs de pierre le long des murs.
- Notre Dame de Capimont, devant « la porte des morts » plâtre d’une statue du XIIème dont l’original se trouve dans l’église de Clairac ( vierge récupérée par les habitants lors des guerres de religions). La vierge tient l’enfant de face sur ses genoux et non dans ses bras, et ce dernier tient une colombe dans les mains.
(Chapelle de Capimont)
(Intérieur Chapelle de Capimont)
- Chapiteaux ornés de sculptures animales pour la première et dernière travée (lions, tête de bélier) et végétales pour celles du milieu (fougères, et acanthes).
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Dans l’abside
Trois absidioles, qui ont chacune une particularité.
Absidiole Sud
- Un ancien autel postérieur à la construction de l’édifice.
- Un tabernacle en bois doré qui daterait du XVIème siècle.
- En haut de la colonne on aperçoit un orant.
- Présence d’un sarcophage datant de l’époque Mérovingienne (VIIème siècle), découvert en 1888 lors de travaux de restauration.
Absidiole Est
- « La tête du christ en gloire » moulage en plâtre, l’original du XIIème siècle est à la Société archéologique de Béziers.
Absidiole Nord
- Bas relief de St Pierre, ce marbre blanc, très patiné date de la fin du XIIème siècle en raison de la forme des vêtements.
Inutile de vous dire qu’après cette visite « j’étais aux anges… ! »
http://www.collegeahuntsic.qc.ca/pagesdept/hist_geo/Atelier/Parcours/romane.html#artroman
Pour en savoir plus sur l'Art Roman:
mardi 13 novembre 2007
St Pierre de Rhédes
Cette église romane, la plus ancienne de la vallée de L’Orb
repose sur les fondations d’un antique sanctuaire chrétien installé à la fin du IV ème siècle dans le site gallo-romain de Rhèdes, lui-même construit sur le site d’un temple païen.
St Pierre de Rhèdes fut, dès l’origine, une église paroissiale. La première mention attestant d’une église en ce lieu date du Xème siècle (« Castrum quem vocant Mercariolo… cumipsa ecclèsia Sti-Petri » extrait du testament de Guillaume, vicomte de Béziers en 990). Son territoire comprenait les actuelles communes d’Hérépian, les Aires, Lamalou les Bains, le Poujol sur Orb et Combes .
L’appellation de l’église va sans cesse évoluer (Sti-Petri ad Rodas : 990, Sti-Petri de Reddes : 1182, Reddes : 1209, Redesio : 1323, Reddis : 1351). L’origine du nom paraît être gallo-romaine mais on peut émettre une origine wisigothe, rhedde désignant les chariots de voyage utilisés par les Wisigoths.
En 1182, St Pierre de Rhèdes va appartenir sans contestation à l’abbaye de Villemagne
qui va y établir un prieuré et ce , jusqu’à la révolution.
Lors des guerres de religion (XVI ème, XVII ème siècles) l’église sortira ruinée. Le pillage et la destruction sont à mettre au crédit des Huguenots. Lors de sa visite pastorale en 1636, l’évêque de Béziers constata la destruction de St Pierre, il ordonna sa restauration, mais ce n’est qu’en 1659, plus de vingt ans après, que la voûte du chœur et de la nef furent reconstruites. Par contre le cloître ne sera jamais reconstruit.
L’église, sans habitations nombreuses aux environs est le chef lieu d’une paroisse très dispersée ; les habitants de Villecelle,
berceau de Lamalou, obtiennent en 1740 le droit d’avoir une chapelle paroissiale. Dés lors St Pierre isolée, semblera veiller sur le cimetière.
Pour la construction de l’édifice, le bâtisseur a utilisé les matériaux qu’il a trouvé sur place : du gré rose friable pou les murs, de la lauze pour le toit,
et du basalte (pierre volcanique de couleur noire)
pour la décoration extérieure ; mais il a également réemployé des éléments hérités de l’Anrtiquité.
La façade Sud, est variée dans son rythme du fait des ouvertures et décors.
- Corniche ornée de rangs de billettes.
- Archivoltes des fenêtres décorées d’un demi cercle de basalte.
- Chapelle funéraire d’une riche famille désireuse de trouver protection en ce temps difficile (XVII ème siècle) faisant saillie sur l’édifice.
Le portail Sud,
- Deux colonnes de marbre antiques et réemployées provenant d’un temple païen. Leurs chapiteaux sont surmontés de tailloirs romans décorés de billettes et ponctués de trous de trépan.
- Un tympan décoré d’incrustations de basalte qui dessine un arc de cercle constitué de dents de scie. Ce cadre entoure une croix pattée, elle même inscrite dans un double cercle de marqueterie. Cette croix symbolise les saisons, les quatre points cardinaux et les éléments qui constituent la vie : eau, terre, feu et air.
Un linteau en un seul bloc, qui a reçu un décor défini comme étant la reproduction stylisée de deux caractères de l’alphabet arabe : l’Alef (a) et le Lom (b).
La façade Est : l’abside.
- Bandes typiques du premier art roman.
- Arcs géminés ornés de sculptures animales.
- Lésènes (piliers en reliefs) peu épaisses (décor architectural)
- Fenêtre en relief à gauche de l’Orant, unique sur l’édifice, ressemble à une étroite meurtrière, rare dans la région.
- Orant, sur le haut à gauche (personnage représentant à la fois St Pierre et St Jacques de Compostelle. Il tient d’une main le bâton du pèlerin et de l’autre la crosse et la bible.
La façade Ouest
- Ressaut prenant appui sur des modillons sculptés (gargouilles) représentants des formes géométriques et figuratives.
- Massif du clocher arcade remanié.
- La plus grande partie des incrustations de basalte.
La façade Nord.
Cette dernière reste très simple car autrefois s’érigeait ici les bâtiments claustraux. A remarquer le rang de billettes sur le haut de la façade.
La petite porte centrale se nommait « la porte des morts » car autrefois les corps ne franchissaient pas le seuil de la porte principale, ouverte sur le cimetière, sans être bénis.
Sources : Office tourisme de Lamalou les Bains.
jeudi 20 septembre 2007
Féminisation… !
J’ai suivi une conversation lors d’une émission « Bibliothèque Médicis », entre Jacqueline de Romilly et Christiane Desroches Noblecourt.
À l’issue, j’ai eu envie d’en connaître plus sur cette académicienne, une grande Dame, spécialiste de la Grèce antique.
Très tôt, Jacqueline Worms de Romilly se distingue par de brillantes études au lycée Molière, où elle est lauréate du concours général de latin et deuxième prix en grec ancien. Elle poursuit ses études au lycée Louis le Grand puis à l'école normale supérieure. Agrégée de lettres et docteur ès lettres, elle enseigne la langue et la littérature grecques à l'université de Lille puis à la Sorbonne, avant d'être nommée professeur au Collège de France en 1973 à la chaire 'la Grèce et la formation de la pensée morale et politique'. Jacqueline de Romilly est la première femme à entrer dans la vénérable institution ainsi que la première femme membre de l'académie des inscriptions et belles-lettres en 1975. Elle se consacre à la littérature grecque, aussi bien aux auteurs qu'à l'histoire des idées, et publie de nombreux ouvrages sur ce sujet.
Elle est élue à l’Académie française, le 24 novembre 1988, au 7e fauteuil d’André Roussin.
Elle est également membre correspondant ou étranger de diverses académies. En 1995, elle obtient la nationalité grecque et est nommée ambassadeur de l'hellénisme en 2001. Parmi ses nombreuses distinctions, citons le prix Langlois en 1974, le grand prix d'académie de l'Académie française en 1984 et le prix Onassis en 1984. Elle est également faite Grand-croix de l'ordre national du Mérite et Grand-croix de la Légion d'honneur en 2007. Se battant pour la sauvegarde de l'étude des langues anciennes, Jacqueline Worms de Romilly est l'une des plus grandes spécialistes de la Grèce antique.
Pour une première approche de ces œuvres :
http://www.academie-francaise.fr/immortels/base/publications/oeuvres.asp?param=679
J’ai choisi son dernier livre :
« Chaque mois, depuis des années, Jacqueline de Romilly essaie de nous faire partager son amour de la langue française.
Ce qu'elle veut avant tout, c'est nous en donner le goût. C'est-à-dire qu'elle insiste plus sur les beautés de cette langue que sur les dangers qui la menacent.
À partir d'un mot qu'elle a choisi, elle cherche à en préciser le sens, la valeur correcte, l'étymologie, ainsi que l'évolution qui, en fonction des changements de la société, des découvertes scientifiques, ou des réflexions des écrivains, a chargé ces mots de nuances nouvelles. En somme, elle nous fait vivre le roman des mots.
Les langues, en effet, ne cessent de se transformer. S'il existe des inventions inutiles et pédantes, qui ne sont en réalité que des fautes portées par une mode souvent précaire, il existe aussi des changements qui reflètent notre histoire et notre pensée. Il est passionnant d'en suivre le cours.
Peu à peu les mots se chargent d'une riche complexité.
Réunies ici pour la première fois en un volume, ces promenades dans le jardin des mots nous permettent de contempler, en compagnie du meilleur guide que l'on puisse avoir, l'un des plus beaux paysages du monde, la langue française. »
(Présentation de l'éditeur)
Pour vous donner envie d’en savoir plus sur ce « Jardin des mots », je n’ai eu que l’embarras du choix, parmi les nombreuses chroniques, parues dans Santé Magazine, et regroupées dans ce livre.
Avant de vous inviter à lire l’une d’entre-elles, Féminisation, en préambule, je citerai ce qu’elle a écrit concernant l’enseignement.
« L’enseignement est sans doute ce qui compte le plus pour l’avenir d’un pays, c’est sans doute également ce qui, aujourd’hui, va le plus mal en France. La crise que nous avions naguère, été un certain nombre à dénoncer, n’a fait dans les institutions que s’aggraver, comme si toutes les mesures tentées, fût-ce avec la meilleure bonne foi du monde, se trouvaient au passage happées et détournées de leur sens […]
L’orthographe disparaît, et j’ajouterai que l’écriture même risque de disparaître. Car, quand les signes n’ont plus ni clarté, ni logique, ils ne permettent plus de communiquer, d’aucune façon. »
Féminisation
(Photos-media Homme par Mappelthorpe, Laetitia Casta)
« Lorsqu’il a été décidé que le mot ministre deviendrait féminin si la fonction était occupée par une femme, je n’ai pas été très heureuse. D’abord, cela me paraissait aller contre l’habitude du français, qui veut que les formes masculines prennent la valeur de ce que l’on pourrait appeler un neutre, c'est-à-dire puissent englober aussi bien le masculin que le féminin. On dira « nous avons été heureux, ma femme et moi, de vous recevoir » ; et nul ne sera choqué que cette forme masculine convienne pour les deux sujets. Il en est de même lorsque l’on dit « tous les hommes sont mortels » ; il est clair que, dans ce cas, le mot hommes englobe, au masculin et au féminin, toute l’humanité.
C’est d’ailleurs là l’origine de cette définition qui nous avait jadis fort amusés quand nous lisions dans le dictionnaire pour le mot homme : « Terme générique, qui embrasse la femme » !
D’autre part, dans ma génération, nous avions, nous les femmes, été fières de réussir à nous présenter aux mêmes concours que les hommes et dans les mêmes conditions. Il était donc déroutant de voir aujourd’hui les distinctions se rétablir, fût-ce avec les meilleures intentions de la terre, sous la forme de débats sur la parité ou les quotas. Pourtant, je n’en ai point parlé ici, ne voulant pas offrir aux lecteurs des discussions trop mêlées et d’actualité et d’incertitude.
Mais aujourd’hui les choses se compliquent : dans un texte officiel récent, relatif à une promotion de la Légion d’honneur, on va de découverte en découverte. Ce texte a d’ailleurs soulevé quelque émotion et je citerai les réactions d’un député de Paris dans une question écrite (Gilbert Gantier) ou un article paru dans Le Monde (Bertrand Poirot-Delpech).
Dans ce texte, on voyait la féminisation s’étendre soudain à toutes les fonctions, à tous les métiers, à toutes les activités. Et elle y prenait des formes un peu insolites. Ainsi, moi qui ai enseigné toute ma vie, j’ai découvert alors que j’étais professeure C’est un exemple parmi d’autres sur cette liste ; mais je dois avouer qu’il m’a atteint au cœur.
Je n’ai jamais éprouvé de scrupule à entrer dans une salle où, même dans un lycée de filles, on lisait sur la porte les mots salle de professeurs. Et lorsque j’ai écrit un livre intitulé Nous autres professeurs, je n’imaginais guère que, pour me conformer au nouvel usage, je devrais un jour écrire « Nous autres professeurs et professeures » !
De toute manière, on ne crée pas des féminins avec cette légèreté. Et, puisqu’il s’agit des mots en –eur, je remarque que plusieurs féminins peuvent se présenter : on dit une directrice et une actrice ; mais une chanteuse et une masseuse ; certains mots ont même deux féminins, comme chasseuse et chasseresse. Ces différences tiennent dans certains cas à la nature du verbe correspondant, ou bien à la date de création et certains hasards de l’histoire peuvent jouer ; mais, de toute façon, nous sommes loin du compte avec ce petit e muet qui atteint soudain tant de métiers. Il se glisse là, de façon discrète, puisqu’on ne l’entendra pas, mais aussi sans que rien ne le justifie. À la limite, pourquoi ne se mettrait-on pas à écrire la couleure ou la blancheure, sous prétexte que ces mots sont féminins ?
Une telle pente m’inquiète ; mais déjà la liste qui nous est offerte touche en moi le professeur avec ou sans e muet. Je suis professeur de lettres. À ce titre, j’ai toujours eu à cœur d’enseigner aux jeunes la valeur des mots, leur étymologie et les règles de la langue française, avec l’orthographe des mots. Je crois fermement que c’est la condition première d’une pensée claire.
Mais, comment veut-on que l’on puisse enseigner vraiment cette correction de la langue et de l’orthographe si, d’un trait de plume, on introduit de si brusques changements ? L’élève devra-t-il préciser à quel décret il se conforme ? Et ne s’inquiétera-t-il pas devant les textes antérieurs ? Quelle confiance aura-t-il en nous et en notre langue française ? Et comment la respectera-t-il ?
Je sais bien ce que l’om me dira : que peut-être le texte cité n’est pas tout à fait le texte officiel, qu’il y a eu des erreurs ou un excès de zèle de la part de rédacteurs. Une telle explication est possible. Mais c’est précisément là que je voulais en venir : nous ne saurons plus, dans l’enseignement, reconnaître ce qui est désir de se conformer à quelque règle nouvelle ou simple erreur d’étourderie ! Certes, la langue évolue ; la langue change ; mais il n’est pas bon de la brusquer ni de la faire tituber, et la plus belle des causes ne saurait gagner à la traiter ainsi. »
Discours de réception à l’Académie Française de Mme Jacqueline de Romilly, le jeudi 26 octobre1989
http://www.academie-francaise.fr/immortels/discours_reception/romilly.html
Mon prochain livre sera :
« A ce souci de vérité historique, Jacqueline de Romilly ajoute à son ouvrage un autre intérêt de réflexion, en montrant que la crise profonde de la démocratie athénienne, après l’âge d’or du siècle de Périclès, présente des similitudes troublantes avec la crise de notre société actuelle.
Le récit de la vie du général Alcibiade, pupille de Périclès et paré de tous les dons, mais imprudent et dévoré par l’ambition, est donc présenté comme " un exemple à méditer et à ne pas imiter ". * Sa carrière préfigure en effet tous les excès de ce qu’on appelle aujourd’hui la " politique spectacle ". Il aurait pu faire beaucoup de bien à Athènes et à la Grèce et son admiration passionnée pour Socrate aurait pu être un gage de conduite mesurée, mais le disciple n’écouta pas le maître et se laissa emporter par ses passions. » (Daniel Gerardin)
*Vous ne pensez pas à …?
Là, c’était mon grand ancêtre, maintenant nous avons… ?
vendredi 8 juin 2007
À Bassus, épigramme de Martial*… !
Après les insécurités de la ville, je vous emmène loin de Rome, goûter les joies de la campagne.
Vous allez me reprocher de faire appel à des auteurs anciens, c’est la faute à mes lectures bien passionnantes du moment.
J’aimerai être peintre pour transcrire sur toile l’émotion que me procure la lecture de cette épigramme… !
« Bassus, notre Faustin, possède en Campanie,
Près de Baye, une bonne et grosse métairie,
Dont l'utile terrain ne nous offre, aligné,
Ni le myrte infécond, ni le buis bien peigné,
Ni du platane oiseux la stérile verdure ;
C'est un vrai bien rural, agreste et sans parure.
(Photo perso)
Là, Cérès sous son poids affaisse les greniers ;
Sur de larges rayons, l'opulente Poinone
De ses dons variés embaume les fruitiers ;
(Photo perso)
Et Bacchus, à son tour, enrichit les celliers
Du nectar qu'il prodigue, au déclin de l'automne.
Aux approches des froids, les vignerons actifs
Recueillent les raisins oubliés ou tardifs.
(Photo perso)
L'indomptable taureau fait mugir la vallée,
Et près de lui, son fils, fier de ses dards naissants,
Bat la terre, et révèle, en ses jeux innocents,
Une ardeur qui bientôt sera mieux signalée.
Mais de la basse-cour les habitants ailés
Appellent nies regards : ici sont rassemblés
Et le paon dont la roue avec orgueil étale
De ses brillants trésors la pompe orientale ;
Et l'oie aux cris aigus, à côté du canard
Qui répète, en ramant, son refrain nasillard ;
La pintade enlevée aux champs de Numidie,
Et le faisan venu de la Colchide impie.
Le coq dans son sérail règne en sultan jaloux
La palombe roucoule auprès de son époux ;
Près du flamant en feu la perdrix vergetée
(Photo perso)
Suit le cygne orgueilleux de sa robe argentée.
De sa tour le pigeon s'échappe au moindre bruit,
Et frappe à coups pressés le toit qui retentit.
(Photo perso)
Le porc glouton s'attache aux pas de la fermière,
L'agneau bêle, invoquant le retour de sa mère.
Bien propres, bien nourris, les fils du métayer,
Rangés en demi-cercle, assiègent le foyer
Abondamment garni du branchage des hêtres,
Qui rougissent le front des pénates champêtres.
Là, point de cabarets, de buveurs fainéants,
Ni de lutteur qui perde et son huile et son temps ;
Chacun a son emploi : l'un, aux grives avides
Va tendre des lacets ou des pièges perfides ;
L'autre, au bord d'un étang amorce le poisson,
Qui vient, saisit l'appât et pend à l'hameçon.
On rapporte à la ferme un daim pris dans les toiles.
Sous de larges chapeaux qui leur servent de voiles,
Les citadins, armés de bêches, de râteaux,
S'occupent, au jardin, de faciles travaux ;
Et de gais écoliers, libres du joug classique,
Goûtent mieux les leçons du précepteur rustique.
Tous ont la main à l'oeuvre ; et le moindre valet
S'acquitte avec plaisir d'un travail qui lui plaît.
De clients que l'intérêt guide
Le réveil des patrons à Rome est entouré ;
Le client villageois ne vient pas la main vide.
L'un apporte un rayon rempli d'un miel doré,
Ou d'un fromage épais la blanche pyramide ;
L'autre un loir endormi, surpris dans la forêt,
Ou de la basse-cour le gras célibataire,
Ou le jeune chevreau qui, privé de sa mère,
Se plaint de son absence, et réclame son lait :
Des filles du hameau l'essaim modeste et sage
Offre aussi ses présents. A la fin de l'ouvrage,
Un invite au dîner un aimable voisin ;
Il accourt. De la table, abondamment servie,
Nul mets par une avare main
N'est soustrait pour le lendemain.
Chacun suit en mangeant son goût, sa fantaisie,
Et l'esclave, enlevant les débris du festin,
A l'heureux convié ne porte point envie.
Et toi, si pour passer le temps,
De ton élégant belvédère,
Tu vas à ta maison des champs
(Car c'est ainsi que tu veux qu'on la nomme,
Bien qu'elle touche aux murs de Rome),
Dans ton manoir rural, Bassus, que trouves-tu ?
Tu vois partout le superflu,
Et nulle part le nécessaire.
Tu n'aperçois que myrtes, que lauriers ;
Qu'as-tu, besoin de jardiniers
Qui du marché tirent leur nourriture ?
Pour protéger tes espaliers
Il suffirait d'un Priape en peinture.
Si le besoin de respirer
T'y conduit, dès la veille il faut te préparer
Ainsi que pour un long voyage ;
(Tableau Abdeslam Essaihi)
Oeufs, légumes ; poulets, poissons ; fruits et fromage,
A grands frais par ton ordre à la ville achetés,
Sont encaissés, empaquetés.
Aux champs tout cela t'accompagne
Chargé sur un large brancard ;
Dis-moi, Bassus, ta maison de campagne
N'est-elle pas plutôt un hôtel à l'écart ? »
*Martial est l'auteur de nombreuses épigrammes, souvent flatteuses, publiées sans doute dans le but de s'attirer les bonnes grâces de ses dédicataires. On en compte 1500 réparties sur 15 livres : en effet, à partir de 84 (sous Domitien) et jusqu'à sa mort (vers 104), ses épigrammes lui gagnèrent sa bonne renommée. Souvent obscènes, elles portent un regard particulier sur toutes les couches de la société romaine et s'attaquent à toutes sortes de personnages. Mais lorsque Nerva accéda au pouvoir, Martial réalisa que louanges et obscénités ne lui vaudraient plus rien.
Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Martial
mercredi 6 juin 2007
L’insécurité au temps des Romains… !
L’insécurité des rues, une fois la nuit tombée, n’est pas un thème qui date d’aujourd’hui. Juvénal* qui n’a pas les moyens de s’offrir une escorte convenable, redoute les agressions quand il doit sortir le soir. Et bien sûr, il se plaint que la police ne soit jamais là où il faudrait… !
C’est ainsi qu’il s’exprime dans la Satire III .
« Considère maintenant une autre masse de périls auxquels la nuit nous expose, vois à quelle hauteur s’élèvent les toits d’où une tuile vous tombe sur le crâne, songe à tous les vases fêlés et ébréchés qui dégringolent par les fenêtres : ils entament le pavé, le marquent d’une trace profonde. On aura raison de t’accuser de négligence si tu ne prévois pas les accidents et si tu vas dîner en ville sans avoir fait ton testament. Il y a autant de chances de mort dans les rues nocturnes que de fenêtres ouvertes et éclairées. Le seul voeu à faire, c’est qu’on se contente de vider sur ta tête de larges bassins.
Mais un ivrogne agité, qui par hasard n’a encore rossé personne, en éprouve des remords, et passe une nuit aussi lugubre que le fils de Pélée pleurant son ami ; il se couche sur le nez, se retourne sur le dos. Non, pas moyen de trouver le sommeil : ou bien il lui faudra une bonne querelle. Or il a beau avoir l’effronterie de la jeunesse et du vin, il évite dans la rue quiconque a un manteau de pourpre, une escorte nombreuse, avec flambeaux et lampes qui lui conseillent de passer au large.
Mais moi, qui ai l’habitude de rentrer chez moi à la lumière de la lune ou à la pauvre lueur d’une chandelle que j’économise, je ne lui en impose pas. Apprends comme s’engage la fâcheuse querelle, s’il y a querelle lorsque l’adversaire frappe tandis que j’encaisse. Le gaillard se plante devant moi et m’intime l’ordre de m’arrêter : il faut bien obéir ; quoi faire en effet, avec un furieux qui d’ailleurs est le plus fort ?
- « D’où viens-tu ? » crie-t-il. « Chez qui t’es-tu farci de fèves et rempli de piquette ? Quel savetier t’a invité à partager ses poireaux et sa tête de mouton bouillie ? Tu ne réponds rien ? Parle, ou tu tâteras de mon pied. Où est ton bouge ? A quelle synagogue faut-il aller te chercher ? »
(Tableau Roc-Roussey)
Méditer une réponse ou se retirer sans mot dire, qu’importe ? Dans les deux cas, ce sont là gens à te frapper et par dessus le marché à t’appeler en justice. Une seule ressource reste au pauvre diable ; battu, meurtri de coups de poing il implore la faveur de partir avec quelques dents intactes.
Ce n’est pas tout encore. En fait de dangers, on risque de se voir dévalisé, dès l’heure où les maisons sont fermées et les boutiques muettes, volets clos, chaînes de sûreté mises aux portes. Ou bien un chenapan te surprend de son couteau. Pendant que nos gardes font la police dans les marais Pontins et dans la forêt Gallinaria, les brigands accourent au pillage de Rome.
Quelle forge, quelle enclume ne fabriquera pour eux de bonnes chaînes ? C’est le principal emploi de notre fer ; c’est à craindre qu’on ne vienne à manquer de socs, de sarcloirs et de houes.
Qu’ils furent heureux les trisaïeuls de nos bisaïeuls, en ces siècles où la Rome des tribuns comme celle des rois se contenta d’une seule prison ! »
Comme quoi, de tout temps, les hommes sont confrontés à l’insécurité ; ça ne vous rappelle rien… ?
*Decius Iunius Iuvenalis, fils adoptif d'un riche affranchi, était à l'abri du besoin. Il fit jusqu'à l'âge de quarante ans le métier de rhéteur et de déclamateur. Puis, sous les règnes de Trajan et d'Hadrien, il écrivit ses 16 satires.
Quelques-unes attaquent les défauts généraux de l'humanité, mais la plupart s'en prennent à des vices contemporains. Tout le monde est attaqué, même l'empereur. Cela ne lui réussit guère puisqu'il fut exilé en Egypte où il mourut d'ennui et de chagrin.
jeudi 3 mai 2007
Amen ! Vous n’aurez pas ma main… !
Un pauvre honteux… !
Il l'a tirée
De sa poche percée
L'a mise sous ses yeux ;
Et l'a bien regardée
En disant : " Malheureux ! "
(dessin anzo)
Il l'a soufflée
De sa bouche humectée ;
Il avait presque peur
D'une horrible pensée
Qui vint le prendre au coeur.
Il l'a mouillée
D'une larme gelée
Qui fondit par hasard ;
Sa chambre était trouée
Encor plus qu'un bazar.
Il l'a frottée,
Ne l'a pas réchauffée,
À peine il la sentait ;
Car, par le froid pincée
Elle se retirait.
Il l'a pesée
Comme on pèse une idée,
En l'appuyant sur l'air.
Puis il l'a mesurée
Avec du fil de fer.
Il l'a touchée
De sa lèvre ridée.
D'un frénétique effroi
Elle s'est écriée :
Adieu, embrasse-moi !
Il l'a baissée
Et après l'a croisée
Sur l'horloge du corps,
Qui rendait, mal montée,
Des mats et lourds accords.
Il l'a palpée
D'une main décidée
À la faire mourir.
Oui c'est une bouchée
Dont on peut se nourrir.
Il l'a pliée,
Il l'a cassée,
Il l'a placée,
Il l'a coupée,
Il l'a lavée,
Il l'a portée,
Il l'a grillée,
Il l'a mangée.
Quand il n'était pas grand, on lui avait dit :
« Si tu as faim, mange une de tes mains ».
Xavier Forneret (1809-1884)
Combien d’entre-nous ont entendu :
"Mange ton poing et garde l'autre pour demain"
Drôle de conseil, quand on sait que de tels propos qui peuvent paraître anodins ont vite fait de faire du chemin y laissant toujours des traces ; il faut faire très attention à ce qu'on dit aux gamins ... !
Malgré ce que peut laisser croire ce poème, Forneret ne vécut pas, malgré la solitude, une existence misérable ; né à Beaune, bourguignon très attaché à sa ville, il est l’auteur de pièces de théâtre, prose et poèmes au caractère souvent excentrique, funèbre et humoristique.
Considéré comme un original, il était habillé comme l’Homme Noir, héros d’une de ses pièces, couchait dans un cercueil, jouait du violon sur une tour gothique, et avait imaginé d’avoir une boîte aux lettres au cimetière pour recevoir du courrier de l’au-delà ! Il dépensa une fortune en éditant à compte d’auteur pour essayer de faire jouer ses drames tragiques, et de faire lire sa prose souvent extraordinaire.
Écrivain romantique, passé inaperçu au XIXe siècle, il fut remis au goût du jour par André Breton (Anthologie de l'humour noir) et les surréalistes.
Tout est question de mesure… !
N’allons pas remplir de cauchemars les rêves innocents de nos enfants… !
Ils sauront nous demander des comptes… !
lundi 23 avril 2007
J’ai la mémoire qui flanche… !
Je vous ai souvent parlé de mes deux derniers neurones encore en état de marche, afin de les préserver il va falloir que je les ménage.
Il est temps de faire appel à un guide-âne… !
« J'imaginai un guide-âne et toute une mnémotechnie, qui me permettront de retrouver à mon caprice les plus subtiles émotions que j'aurai l'honneur de me donner. »
(BARRÈS, Homme libre, 1889, p.58).
Le plafond de la salle où il banquetait s’écoula. Seul à en réchapper, il se souvenait, par un procédé d’aide-mémoire, de la place de tous les convives, ce qui permit l’identification des victimes. depuis, la pédagogie du souvenir a perfectionné cette « méthode des lieux », qui a pour principe de transformer en images les événements qu’on doit se rappeler et de les ranger selon un processus déterminé. Pour que le souvenir remonte à la surface, il suffit de refaire mentalement l’itinéraire. Les techniques de l’audiovisuel et de l’informatique ont beaucoup réduit le rôle de la mnémotechnie. On peut toutefois en retenir des exemples :
La liste des 12 premier Césars :
« Cesautica claunegalo vivestido »
César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus, Domitien
Les périodes géologiques de l’ère primaire :
« CAMBRonne S’IL EÛt été DÈVÔt n’eût point CARBONisé son PÈRe »
Cambrien, Silurien, Dévonien, Carbonifère, Permien.
Les 31 premières décimales du nombre pi en comptant les lettres de chaque mot de ce quatrain :
Que j’aime à faire apprendre un nombre utile aux sages.
3 1 4 1 5 9 2 6 5 3 5
Immortel Archimède, artiste, ingénieur,
8 9 7 9
Qui de ton jugement peut priser la valeur ?
3 2 3 8 4 6 2 6
Pour moi, ton problème eut de pareils avantages.
4 3 3 8 3 2 7 9
La liste des conjonctions de coordination :
"Mais où est donc Ornicar ?"
Elle monte ou elle descend ?
La stalagTite « T » Tombe
La stalagMite « M » Monte
« Cet art, Giordano Bruno le porte à son apothéose. Associant aux architectures et aux images de Camillo « la géométrie mystique et cosmologique de Raymond Lulle », savant du Moyen Age, il « attelle le monde intérieur de l'imagination aux étoiles » et reproduit « le monde céleste à l'intérieur de l'homme ». La mémoire magique sort de leur chaos les images archétypales de la conscience et offre, en les organisant, une faculté divine à l'homme. Celui-ci rejoint Dieu en recréant le monde.
Telle est la grande métamorphose de l'art de la mémoire, «devenu l'outil qui sert à former la Psyché d'un mystique ou d'un Mage inspiré par Hermès ». Il fait partie d'un culte initiatique et constitue la tentative prométhéenne de mémoriser l'univers tout entier grâce à la série des correspondances et des associations, unifiées par le système céleste. Mais le problème essentiel reste pour Bruno « l'organisation de la psyché au moyen de l'imagination ». Il englobe ainsi l'esprit même de la renaissance ».
(Extrait d’après l’article de Jean-Michel Maulpoix sur L'Art de la mémoire ( Gallimard) de Frances A.Yates, publié dans le numéro 271 de la Nouvelle revue française (juillet 1975)
Notre mémoire est une suite de clichés que nous avons gardé au plus profond de nous même.
Ces clichés sont inaltérables dans la mesure où nous saurons les préserver de l’atteinte de l’oubli. Ceux qui ont marqués notre vie sont ceux qui nous restent quand on a tout oublié.
La vraie mémoire c’est la transposition de ces clichés en un film qui se déroule sans rupture.
Elle passe par trois stades, la fixation, la conservation et la restitution.
Pour le moment, ma cinémathèque personnelle fonctionne bien ; jusqu’à quand… ?
mercredi 4 avril 2007
Epître Dédicatoire
Dans mon billet précédant, je vous avais proposé dans l’attente de son épître dédicatoire un petit résumé sur la vie de Bruno Giordano.
Pour ceux que le sujet précédent n’a pas déclenché des migraines, je vous soumet comme promis, ce petit chef d’œuvre d’écriture… !
Espérant que vous y trouverez autant de plaisir que ce que j’en ai éprouvé à sa lecture.
Bon courage, le plaisir est au bout de cette épître… !
A propos de :
La cabale du cheval de Pégase.
« Voilà le premier enseignement de l’âne céleste : dans l’ordre productif de la nature, les hommes ne possèdent aucune supériorité intellectuelle sur les bêtes. L’âme appartient en effet à toutes les espèces vivantes, car tous les êtres vivants sont dotés d’intellect ».
Bruno affirme même :
« Qu’il est possible que beaucoup d’animaux puissent avoir plus d’esprit et un intellect bien plus éclairés que l’homme ».
L’homme appartient ainsi à l’ordre de la nature, tant du point de la substance spirituelle que de la substance corporelle. De ce point de vue, il ne constitue pas une exception ontologique. Selon Bruno, en effet :
« Si l’homme, avec son esprit, pouvait se métamorphoser en serpent, il deviendrait serpent à tous les effets. »
Saverio ANSALDI : Université de Montpellier III – Paul Valéry
Epître Dédicatoire
Sur la cabale suivante
Au Révérendissime Seigneur
Don Sapatino
Abbé successeur de San Quintino,
Evêque de Casamarciano
Reverendissime in Christo Pater,
« Révérendissime Père dans le Christ ».
Parvenu au terme de son travail (non que la lumière ait transmigré mais que le matériau expulsé lui fait défaut et lui manque) et tenant en main un peu de verre, et bois, de cire ou d’autre chose, le potier a souvent de reste un morceau sans qu’il sache et puisse se résoudre à son sujet, songeant à ce qu’il pourrait en faire, se devant de ne pas s’en débarrasser sans profit et voulant au mépris du monde qu’il serve à quelque chose ; et voilà qu’en fin de compte ce morceau s’avère prédestiné à devenir une troisième anse, un bord, un couvercle de cruche un renfort, un emplâtre ou quelque rapiéçage colmatant, bouchant ou recouvrant une fissure, un trou ou une lézarde. Voilà, comme au potier, ce qui m’est arrivé, après avoir donné libre cours non à toutes mes pensées, mais à une certaine liasse d’écrits seulement, si bien que, finalement, n’ayant rien d’autre à achever, plus par hasard qu’à dessein, j’ai porté mon regard vers un opuscule que j’avais auparavant méprisé et utilisé pour couvrir ces écrits : je trouvai qu’il contenait en partie ce que vous vous verrez présenté.









































































































