jeudi 26 juin 2008
Fontaine Saint Julien le Pauvre, du square Viviani
A deux pas de Notre Dame, un de mes endroits préféré, le square Viviani.
Lors de ma première découverte, j’ai de suite été fasciné par la fontaine due au sculpteur Georges Jeanclos, né en 1933 à Paris, premier Grand Prix de Rome en 1959, qui a enseigné comme professeur à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts. Dans toute son oeuvre sculptée, les textes bibliques sont présents.
"Aujourd'hui je ne peux plus prier mais saisir l'argile du commencement entre mes paumes ouvertes, la terre portée à bout de bras. Balancement de la tête aux pieds, les jambes pliées, les reins arqués.
(Détail porte à Bercy)
La terre sanctifiée par les flexions, incantation de tout le corps, l'argile laminé sur le sol, appel aux profondeurs qui résonne sur le béton de l'atelier, scansions de la matière qui fait apparaître la faille, épiphanie de l'autre, étalée en lettres carrées sur la face des dormeurs, ultime prière modelée comme un piège du sacré."
Jeanclos était un survivant et un mystique. Ses racines plongeaient dans le hassidisme, le judaïsme jubilatoire, et son histoire fut marquée par la tragédie, par la mort. Il a sculpté des dormeurs, des couples, des urnes, il s’est inspiré des gothiques et des bouddhistes.
Certaines de ses statues sont paisibles et mystérieuses, d’autres hurlent en silence.
Ses personnages sont de ce monde, mais n’y sont déjà plus, comme absents, ils sont là mais déjà ailleurs, extratemporels, extra planétaires.
J’aime leurs têtes chauves rondes toutes en douceur, comme le sein maternel ; elles évoquent le passage dans un autre monde ;
mais je ne sais quels extraterrestres sont à la porte de quel autre monde, la frontière en est ténue. Georges Jeanclos nous prend par la main et nous entraîne dans son imaginaire. Imaginaire où s’expriment une forte intensité émotionnelle,
des sentiments d’amour, de tendresse, de douleur,(l’amour n’est pas toujours serein) d’angoisse et de sérénité, sont visibles dans l’expression des sculptures de cette fontaine.
Sur le rapport à la création, Jeanclos précise :
« Je crois que toute création est un rapport au sacré ; je ne peux pas dire si je suis un être religieux, mais je me sens appelé par le phénomène de transcendance. »
(L’ascension de St Julien)
Parmi ses œuvres visibles on notera :
- Le monument à la mémoire de Jean Moulin, avenue des Champs-Élysées.
- Le portail de l'église de Saint Ayoul, à Provins.
- Les portes de la cathédrale Notre-Dame de Treille, à Lille.
- La porte du ministère des finances à Bercy à Paris.
(Porte à Bercy)
- Fontaine de la place Stalingrad, Paris.
- Bas-relief Collège de Carrières-sur-Seine.
- Décoration portique d'entrée de l'Hôtel départemental de police, Toulouse.
- Monument commémoratif de la tragédie des puits de Guerry, Cher.
Je profite de ce billet pour mettre en ligne une photo de l’iconostase (voir billet sur le jubé de ST Etienne du Mont), de l’église St Julien le Pauvre, attenante à ce square.
Enfin, je vous invite à rendre visite à : Myparisforyou blog que j’ai découvert et apprécié pour la qualité de ses billets sur Paris. Vous ne serez pas déçus… !
dimanche 22 juin 2008
Le portail du cloître de Notre Dame de Paris
Ce portail a été construit au nord, vers 1250, par un architecte du nom de Jean de Chelles. La grande Rose qui est au-dessus mesure 13 mètres
Ici l’artiste a voulu montrer l’humilité de la crèche, l’offrande au temple de Jérusalem après la naissance de Jésus,
la persécution des enfants par le Roi Hérode, la fuite en Egypte de Joseph et Marie pour protéger l’Enfant Jésus.
La Vierge a perdu son enfant et on dit que c'est la femme de Saint Louis, Marguerite de Provence, qui aurait servi de modèle à l’artiste (vierge de la colonne centrale).
On y a aussi sculpté la légende du miracle Théophile qui était jouée sur le parvis de a cathédrale au Moyen-Âge.
Faust avant l'heure, puisqu'il mourut vers 528, ce clerc avait scellé un pacte avec le diable,
non pour une femme ou la jeunesse, mais pour les honneurs de l'évêché.
Parvenu à ses fins, il se repentit et la Vierge récupéra le parchemin.
Il fut nommé pour cela Théophile le Pénitent. L'histoire ne dit pas s'il se démit aussi de ses fonctions si mal acquises.
Quand les démons sont là, il faut vite les chasser, d’autant que les vierges se font de plus en plus rares.
Je profiterai de ce billet pour vous parler d’une sculpture qui m’a frappé parmi les scènes qui garnissent les voussures de la porte centrale de Notre-Dame de Paris (côté des damnés)
et de l’expression terrible de ces scènes mises en regard de la béatitude et du calme des élus.
L’une de ces scènes représente une femme nue, les yeux bandés, tenant un large coutelas dans chaque main; elle est à cheval et derrière elle, tombe à la renverse, un homme dont les intestins s’échappent par une large blessure.
«Et en même temps je vis paraître un cheval pâle; et celui qui était monté dessus s’appelait la Mort la Mort. Elle
Cette façon d’interpréter ce verset de l’Apocalypse, de le traduire en sculpture, le geste de la Mort
On retrouve ce sentiment dramatique dans un grand nombre de bas-reliefs de la même époque, c’est-à-dire de la première moitié du XIIIe siècle.
Je terminerai ce billet en sortant par la porte rouge, négligée par de nombreux touristes (voir plan) porte réservée aux chanoines, non sans y joindre une dernière photo avec d’admirables chimères, diables et bêtes fantasmatiques. Sources :
Dictionnaire raisonné d’architecture française.
Wikipédia
jeudi 19 juin 2008
Le jubé de St Etienne du Mont à Paris
« La merveille architecturale de Saint-Étienne du Mont, l'Europe artiste le proclame : c'est le jubé de marbre blanc, construit et sculpté par Biart le père, artiste, célèbre du XVIIe siècle.
Il est formé d'un arc unique qui traverse le chœur, desservi par des escaliers en spirale
contenus dans des tourelles à jour, à peine appuyés par de sveltes colonnettes chargées de lierre.
Des anges, des palmes, des rinceaux, des entrelacs, des mascarons décorent les archivoltes et les frises.
Il se complète par deux portes qui ferment les bas côtés du chœur.
Les vantaux de ses portes sont à claire-voie, surmontés d'entablements où sont assis,
au milieu de frontons triangulaires, deux adorateurs en pierre d'une exécution charmante.
Le jubé de Saint-Étienne, cette œuvre d'art incomparable, est aujourd'hui le seul qui subsiste dans les églises de Paris depuis que la cathédrale a perdu le sien par une démolition sacrilège ».
Dans une église, le jubé est une tribune et une clôture de pierre ou de bois séparant le chœur liturgique de la nef.
Il tient son nom des premiers mots de la formule latine « jube, domine, benedicere » ( daigne, Seigneur, me bénir ) qu'employait le lecteur avant les lectures de Matines.
Les jubés sont apparus en France au XIIe siècle de la réunion de trois éléments préexistant séparément : le tref (poutre de gloire), la clôture et le ou les deux ambons.
Au XVIe siècle, le concile de Trente provoqua une évolution de la liturgie catholique en réponse au succès des églises protestantes. Le chœur devant désormais être visible pour les fidèles, les jubés étaient condamnés. Alors que les chaires à prêcher les remplaçaient,
ils seront déplacés ou détruits aux siècles suivants, parfois tardivement au XIXe siècle. La règle s'est appliquée dans les églises paroissiales et les cathédrales, mais des chapelles privées ont pu maintenir ce mobilier original, comme on le constate surtout en Bretagne.
Les anciennes églises orthodoxes (*iconostases) et anglicanes ont conservé en général les leurs.
Malgré l’expression : Venir à jubé, (se soumettre, venir à la raison par contrainte, malgré qu'on en ait) ou comme l’écrivait Hauteroche dans Les Bourgeoises de qualité : « Laissez-moi jouer mon personnage, je la ferai venir à jubé », je me contenterai seulement d’admirer les chefs d’œuvres de l’art religieux, sans en devenir la brebis d’une quelconque religion,
ou d'écouter la fugue en ré mineur pour orgue de Jean Sébastien Bach
* iconostase : cloison à trois portes décorées d’icônes fermant le chœur où officie le prêtre à la consécration
Sources : Paris pittoresque, Wikipédia
lundi 9 juin 2008
La tolérance… !
C’est l’écoute de la différence, et l’acceptation de tout ce qui nous sépare.
En 2004 GUY FERRER , artiste peintre, sculpteur et créateur d’objets pour la maison a créé
T.O.L.É.R.A.N.C.E
une suite composée de neuf sculptures monumentales en bronze, chacune incarnant une lettre du mot « tolérance ».
Ces sculptures sont visibles actuellement dans le cadre d’Art Sénat 2008 dans les jardins des Tuileries.
Un défi artistique, un défi aux hommes adossé à un message très actuel.
L’artiste, alerté par le nouveau choc des religions et la préoccupante montée des intégrismes, source d’un chaos grandissant, nous propose sa vision réconciliatrice, porteuse d’un message d’espoir.
Guy FERRER signe ici une oeuvre majeure, une ode à la tolérance où s’incarnent en neuf lettres de bronze :
Grands Initiés, Sages, Pèlerins... Tous évoquent différents cultes ou spiritualités.
Il les juxtapose symboliquement, leur donnant l’opportunité d’un dialogue au sens profond.
LES PERSONNAGES-LETTRES DE GUY FERRER APPELLENT AU RESPECT DE L’AUTRE
Comme le souligne l’artiste :
« Un mot devient intelligible grâce à chacune de ses lettres, toutes indispensables les unes aux autres et d'égale importance pour lui donner du sens ;
ainsi, les diverses cultures et spiritualités de notre société peuvent cohabiter fraternellement en se complétant, fortes d’un respect réciproque et porteuses d’une dynamique commune.
Mystérieux et graves, mes émissaires vous invitent à les reconnaître, à respecter leurs différences et les croyances qu’ils évoquent.
Réunis, ensemble sur un même site, ils nous parlent de rencontre et d'harmonie, de complémentarité pacifique, de partage du sens.
Le public sera ainsi invité à découvrir chaque lettre et reconstituer le message clef de cette installation.
Le promeneur, devenu pèlerin, donnera vie et sens au concept par la reconstitution du mot ».
Je profiterai de ce billet pour vous poser la question :
Jusqu’où doit-on être tolérant, devons nous tout accepter… ?
« Sil fallait tolérer aux autres tout ce qu’on se permet à soi-même, la vie ne serait plus tenable. (Georges Courteline)
« La tolérance illimitée doit mener à la disparition de la tolérance. Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants,
si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l’impact de l’intolérant, alors le tolérant sera détruit, et la tolérance avec lui. (…) nous devrions revendiquer le droit de les supprimer (les intolérants), au besoin, même par la force (…) Nous devrions donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer l’intolérant. Nous devrions revendiquer que tout mouvement qui prêche l’intolérance se place en dehors la loi et nous devrions considérer comme criminelle l’incitation à l’intolérance et à la persécution, de la même manière que nous devrions considérer criminelle l’incitation au meurtre, à l’enlèvement ou au retour de la traite des noirs ». (Karl Popper (The Open Society and Its Enemies, 1945) (Tableau Horacio Montes) « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. » Déclaration universelle des droits de l´homme : (article 18) vidéo P.S : Je vous recommande le Blog de Moniqueetdany qui a traité admirablement ce sujet (et ce n’est pas le seul) en l’imageant de superbes photos.
jeudi 5 juin 2008
Debout les morts… !
Tu n’entends pas les trompettes… ?
Toi, tu dégages voir ailleurs… !
La route sera longue,
Il faudra bien te couvrir,
Je te l’avais annoncé,
Il est trop tard pour te prosterner,
Ce n’est pas la peine de prendre cet air navré,
C’est la fatalité,
Tu dois renoncer aux richesses,
Tu n’oublieras pas de faire pénitence,
Il y aura d’autres beautés,
Et d’autres trésors… !
Un jour tu seras ROI,
Mais avant tu devras faire preuve d’humilité,
C’est moi qui te le dis… !
Avant que je me remette en route,
Pour la fin de cette histoire,
Je m’en vais tout là haut,
Je serai à nouveau un Seigneur… !
Cette histoire a liquéfié Hue et Dia,
Mais en attendant, je vole… !
P.S : Toutes les photos ont été prises au Musée Cluny du Moyen Age, sauf les deux dernières réalisées lors de l’exposition Art Sénat 2008.
mercredi 13 février 2008
La Chasse et la Jalousie ne font pas bon ménage… !
Pourquoi le choix du tableau « La mort de Procris » pour thème de ce court billet… ?
Pour deux raisons qui sont malheureusement d’actualité :
- Les difficultés de la vie de couple et des différentes tentations qui peuvent conduire au drame lorsque la jalousie s’en mêle.
- Les accidents de chasse provoqués par les chasseurs, qui sous prétexte d’assouvir une passion provoquent des drames.
L’histoire de Céphale et Procris tirée de la mythologie grecque, est tout à fait d’actualité et résume parfaitement ces drames.
La mort de Procris, tableau de Piero di Cosimo dit Piero di Lorenzo (vers 1462 – vers 1521) intitulé : « Satyre se lamentant sur le corps d’une nymphe » nous montre un satyre découvrant le corps de Procris tuée accidentellement par son époux Céphale.
Ce qui intéresse le peintre, c’est moins la mort de la nymphe en elle-même que la réaction qu’elle suscite chez le satyre.
Celui-ci est agenouillé sur le sol et a l’air perplexe, intrigué par l’inertie de cette belle jeune femme étendue dans l’herbe, paraissant endormie, tant sa blessure est discrète. La plaie de son cou nous fait pourtant clairement comprendre qu’elle est morte, alors que le satyre qui a posé une main sur son épaule semble croire qu’il peut la ranimer.
Le peintre a voulu nous faire prendre conscience du mystère de l’injustice de la mort (N’est ce pas les chasseurs… ?), qui nous confronte au corps inerte d’une jeune femme dans un décor où la vie est omniprésente.
Vie représentée par les animaux que l’on voit à l’arrière plan et qui vaquent à leurs occupations habituelles sans se soucier du drame dont ils ont été les témoins.
Le satyre qui lui, comporte une part d’humain comprend qu’il s’est produit quelque chose de grave ; et si son chien semble partager sa douloureuse perplexité, c’est parce que le monde des humains lui est familier.
Piero di Cosimo avait le don de faire ressortir l’étrangeté de la vie et de susciter des interrogations sans chercher à imposer des réponses.
Autre tableau de ce peintre :
(La découverte du miel)
La découverte du miel se perd dans la nuit des temps. Ainsi croyait-on en Mésopotamie que les dieux qui buvaient le miel devenaient immortels et exempts de toute maladie. Dionysos, le dieu grec du vin, avait vu les flancs du Mont Parnasse où il établit sa demeure ruisseler de miel. La Bible est remplie d'allusions au miel, dont les plus célèbres sont dans le Cantique des Cantiques.
«Tes lèvres, ma fiancée, distillent le miel vierge
Le miel et le lait sont sous ta langue [...]
J'entre dans mon jardin, ma soeur, ma fiancée,
Je récolte ma myrrhe et mon baume,
Je mange mon miel et mon rayon,
Je bois mon vin et mon lait.
Mangez, amis, buvez,
Enivrez-vous, mes bien-aimés!»
Pour conclure sur une note gaie, mon miel que je savoure:
Medley de *Mozart par Ian Anderson, compositeur musicien écossais et Lucia Micarelli .Il est la tête du groupe Jethro Tull.
Ian Anderson joue Mozart
envoyé par midu92
Sources :
Wikipédia
France 5
Wendy Beckett
Encyclopédie Agora
* Extrait du DVD « Spirits of Mozart » que je vous recommande, avec la participation inattendue de Dee Dee Bridgewater.
dimanche 13 janvier 2008
Ce sera en peinture…!
Pour ceux qui me connaissent un peu, vous savez que j’aime me rincer l’oeil dans les musées. Lors de mes séjours parisiens, vous n’avez aucune chance de me rencontrer au Moulin Rouge où autre lieu à touristes, où des demoiselles à la silhouette irréprochable, se trémoussent pour le plus grand plaisir de ces derniers.
Loin de moi de ne pas apprécier la nudité, mais je préfère celle plus académique des chefs d’œuvres des peintres.
Je ne suis pas croyant, mais lors de conversations avec des grenouilles de bénitier, je reconnais volontiers que si c’est Dieu qui a tout créé, sa plus belle création c’est… ?
Merci pour mes Suricatines qui ont sans hésiter répondu que c’était moi… !
Je les invite à se faire connaître dans les plus brefs délais, afin de recevoir leur récompense, pour bons et loyaux services… !
C’est la femme… !
Assez de Bla Bla Bla, place à mes amours.
Enfin juste pour le plaisir et vous aider à revenir les pieds sur terre après ces tableaux paradisiaques, un concerto pour flautino de … ?
Loupé, ce n’était pas Mozart, mais Vivaldi… !
Je sais, c’est moi le plus beau… !
mardi 11 décembre 2007
Ah ! La Grammaire… !
(Dessin de Mibé)
Jacqueline de Romilly, en introduction de la chronique, Petites embûches du bon français, écrit :
« Dans une scène fort amusante de sa comédie intitulée Le Dindon, Feydeau nous présente une Anglaise très agitée qui parle français et commet des erreurs. En particulier, elle confond des mots presque synonymes et son interlocuteur la reprend à chaque fois. Elle parle ainsi d’une gueule de gaz et on lui dit qu’il faut dire « bec » ; alors elle parle de bec de loup et on lui dit qu’il faut dire « une gueule » ; alors elle parle au monsieur de sa gueule et on lui répond qu’il faut dire « bouche ». Ce sont pour nous des mots familiers, l’effet comique est assuré. Mais, en même temps ; il attire notre attention sur toutes ces petites différences qu’implique la connaissance d’une langue ».
Quand à la grammaire… !
(Dessin Plantu)
Le propos de ce billet n’est pas de vous faire un cours de grammaire, ni de vous apprendre à ne pas confondre votre grand-mère et la grammaire, ne possédant ni les qualités de la première ou la parfaite maîtrise de l’autre. Simplement à travers une allégorie (Le genre Allégorique fut particulièrement utilisé au XVIIe siècle), vous faire découvrir ou redécouvrir un peintre et une de ses œuvres.
Vers 1650, Laurent de la Hyre (1606-1656), peignit les sept figures des *Arts libéraux qui en sont un bel exemple. Les coloris clairs et lumineux, le modelé lisse des visages, la délicatesse de la facture caractérisent ces œuvres.
(Tableau de La Hyre)
Dans celle-ci, la Grammaire est représentée sous les traits d’une jardinière : les règles du langage qui ont permis à l’humanité de se développer en améliorant sa culture sont identifiées au principe qui régissent le soin du jardin. Figure bienveillante, maternelle la jardinière arrose consciencieusement ses primevères et ses anémones cultivées dans des pots, faut-il y voir l’instinct maternel de première nourriture… ? Ainsi nourries et disciplinées, les plantes fourniront de belles fleurs. En arrière plan opposition entre les fûts de colonne, parfaitement droits et les troncs d’arbres penchés et sinueux.
Dans sa main gauche, la Grammaire tient un **phylactère dont le texte rappelle que les mots doivent être prononcés clairement et disposés logiquement.
Grâce à sa jardinière, les règles austères de la langue prennent un visage charmant et agréable.
* Les arts libéraux trouvent leur origine dans les ouvrages de Martianus Capella (Ve siècle).
C'est Cassiodore au VIe siècle qui leur a donné leur structure. Il a développé le trivium, qui regroupait les disciplines littéraires :
La grammaire,
La rhétorique,
La dialectique.
Son contemporain Boèce définit le contenu du quadrivium, ou quadruple voie, qui regroupait les disciplines scientifiques :
L’arithmétique,
La géométrie,
L’astronomie,
La musique.
** HIST. DE L'ART. Banderole, aux extrémités enroulées, portant les paroles prononcées par un personnage ou la légende du sujet représenté, surtout utilisée par les artistes du Moyen Âge et de la Renaissance.
En fait, un peu l’ancêtre de nos B.D.
Sources :
- Wikipédia
- T.L.F
- Dans le jardin des mots de Jacqueline de Romilly
Lien à utiliser sans modération pour, les amateurs d’art.
lundi 4 juin 2007
À table… !
(Judy Chicago)
Le temps passe si vite que d’un « Putain de gosse », l’on se retrouve trop vite devenu un sénile vieillard… !
J’ai une passion pour les arts qui trouve son assouvissement dans la contemplation des œuvres des autres.
Alors avant de… ?
Je vous invite à passer à table,
déguster quelques chefs d’œuvres.
La vision de St Eustache de Pisanello
Cette allégorie a pour thème l’incursion de la cruauté humaine dans le paradis paisible des animaux. D’après la légende, Eustache était un chasseur invétéré qui se serait lancé un vendredi saint, à la poursuite d’un grand cerf. Celui-ci l’entraîna au plus profond d’une grande forêt où il se retourna soudain pour lui faire face, un crucifix dressé entre ses bois, afin d’inciter le chasseur à la repentance et à la conversion. C’est cette confrontation que nous montre Pisanello, en portant autant d’intérêt aux nombreux animaux présents qu’au principal héros de cette scène.
Dürer en a fait une autre représentation :
Nos chasseurs devraient s’inspirer de cette allégorie et se reconvertir… !
Autre œuvre de Pisanello
La Vierge avec St Antoine et St Georges
Dans ce tableau, deux saints aussi dissemblables se toisent à distance avec étonnement et incrédulité. St Antoine, couronné d’une grande auréole, a l’aspect typique du moine, avec sa longue barbe et sa robe de bure effrangée, son bâton dans une main et sa clochette dans l’autre (la clochette qu’agitaient les moines de son ordre, pour recueillir des dons pour les pauvres).
Le sanglier couché à côté de lui est son animal emblématique.
Saint Georges est représenté en un élégant aristocrate qui a troqué son auréole pour un insolite chapeau de paille à large bord. Cet attribut est aussi peu convainquant que son habit dans le dos duquel une croix brodée d’argent est le seul indice révélateur de sa ferveur religieuse. C’est un jeune guerrier accompagné de deux chevaux luxueusement harnachés, avec à ses pieds le dragon qu’il a terrassé. En dépit de leurs extrêmes dissemblances ; pauvreté chez l’un, étalage de richesse chez l’autre, les deux hommes sont unis par une même foi en la Vierge, qui apparaît au-dessus d’eux, dans un flamboyant halo d’or. Mais il est à noter que les regards méfiants qu’ils s’échangent les empêchent de lever les yeux vers la céleste vision.
Allégorie sacrée par Jan Provost.
Le Christ et Marie portent leur regard, comme le veut la tradition chrétienne, vers Dieu le père et non vers la sphère entre terre et ciel, placée au milieu du tableau.
En haut, l’œil de Dieu qui voit tout, avec d’un côté l’agneau de la rédemption et de l’autre la bible. Une grande main, certainement celle de Dieu, tient le globe terrestre surmonté d’une croix.
Le Christ est armé d’une épée et Marie porte une couronne et la robe bleu noir des prêtresses nazaréennes. Les deux mains au premier plan forment un M renversé et désignent la mariée qui libère la Colombe de l’Esprit.
Le regard vers le ciel est devenu obsolète, à moins que l'on ne s'intéresse à l'astronomie ou au cosmos matériel.
A mettre au Panthéon… !
(Sphères Pinter*)
*Pinter rétablit, grâce à ses sphères, le lien historique perdu entre le spectateur et le ciel, en le détruisant volontairement et en le laissant ainsi à la réflexion.
Prochain repas...?
lundi 29 janvier 2007
C’est beau, c’est BOSCH… !
Si vous avez du linge à laver, vous êtes priés d’aller à Setùbal voir les lavandières!
Le but de ce billet est de vous parler de la beauté éphémère.
Bosch(1450-1516) , à travers ces œuvres, nous invite à méditer sur la fugacité du beau et sur la déchéance des valeurs humaines, à plus ou moins long terme.
C’est ainsi que des peintres du XVI° siècle, ont utilisé le grotesque et le monstrueux, en réaction à la beauté idéalisante et classicisante des humanistes.
Le thème récurant des démons et monstres en tous genres, est présent dans beaucoup de ses œuvres.
Avant de vous inviter à admirer un de ses tableaux, je ferai référence à deux de ses contemporains.
►Quentin Metsys (1466 – 1530) et une de ses œuvres les plus connues :
La vilaine duchesse
Parodie parfaite, extraordinaire des idéaux de la Renaissance :
►Mathias Grünewald (1480 – 1520) et son :
Saint Antoine battu par les démons
(détail)
Le saint est agressé par la meute des grotesques démons ; mélange d’humains, d’animaux et végétaux.
L’imagination débordante de Bosch, pour la création de ces créatures du diable, aux visages maléfiques, déformés, fortement chargés d’expressions difformes se retrouve dans son tableau:
La montée au calvaire
Ce tableau, du musée des Beaux Arts de Gand, nous montre une vision cauchemardesque.
►1 Le cortège, en route pour le Calvaire est conduit par un garde dont le casque et le bouclier brillent. Dans la physiognomonie* de cette époque, un col court et épais était une marque de stupidité ; une bouche large et grande impliquait un caractère chicanier, malveillant et fourbe.
►2 Le mal ne se cache plus dans des symboles, il est représenté par des êtres humains aux physionomies déformées, yeux exorbités, nez crochus, bouches édentées.
►3 Le larron repenti et méditatif est apeuré par l’air menaçant du moine confesseur (allusion à la laideur morale du clergé). Les yeux du repenti sont presque fermés, comme ceux du Christ et de sainte Véronique, disposés sur la même diagonale, (c’est ainsi que les « bons » peuvent s’isoler de l’affligeant spectacle que donne le mal incarné en l’homme) ; alors qu’en bas à droite, le larron impénitent, au contraire marche à sa fin avec une grimace de bravade satanique.
►4 Des visages de profil alternent avec des têtes vues de face ou de trois quarts, souvent superposées. Ces dix-neuf personnages gravitant autour du visage apaisé du Christ.
L’esprit imaginatif de ce peintre « surréaliste » n’a jamais été à court d’idées.
Autre tableau représentatif du monde fantastique de BOSCH, le triptyque du :
Jardin des délices
Tout particulièrement le panneau droit, « l’enfer musical » ainsi nommé en raison de l’usage extravagant réservé aux instruments de musique.
Le luth devient, par exemple, un instrument de torture pour un pêcheur sur les fesses de qui est imprimée une mélodie entonnée par un chœur de damnés, que dirige un maître de chant monstrueux.
BOSCH, un peintre à découvrir ou à redécouvrir, sans avoir peur que ses fantômes viennent nous hanter. Et puis même... avec la folie de notre inconscient, pour ne pas dire notre conscient, ne sommes nous pas en train de changer notre Terre Paradisiaque en Enfer des Délices, gouverné par l’individualisme, soudoyé par le LUCRE ?
Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est la faute d’Eve ; il y a longtemps que l’humanité l’a chargée de tous les maux de l’univers.
Il est temps de prendre chacun notre part de responsabilité… !
Et s’il y avait un : Jugement dernier
André Breton, le définissait comme « le visionnaire intégral ».
*Étude du tempérament et du caractère d'une personne à partir de la forme, des traits et des expressions du visage.






































































































