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Le Musée d'Art Moderne de Paris consacre une rétrospective à l'artiste américain Keith Haring. Cette exposition permet d'appréhender l'importance de son œuvre et plus particulièrement la nature profondément "politique" de sa démarche.

 

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Plusieurs thèmes y sont abordés: L'individu contre l'état. Le capitalisme. Les œuvres dans l'espace public. La religion. Les Mass Media. Le Racisme. L'écocide, menace nucléaire et apocalypse. Les dernières œuvres, sexe, sida et mort. Keith Haring était habité par l'obsession de dessiner, d'une manière spontanée, sans travail préparatoire.

 

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 Il y mettait toute son énergie, réalisant à chaque fois une véritable performance. Dessiner était pour lui un geste politique; se sera aussi dans les derniers mois un acte de résistance face à la mort.

L’individu contre l’État :

 

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Dès ses premières œuvres, Keith Haring s’oppose au pouvoir et à l’État. Il croit résolument en l’individualité et en la liberté pour chaque individu. Il dépeint alors l’artiste graffeur attaqué par des chiens qui aboient,

 

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le personnage déchiqueté par quatre mains géantes ou celui qui casse le bâton avec lequel on vient de le frapper. Haring a également représenté ce personnage à l’allure de robot qui vise les personnes anonymes marquées d’une croix comme des cibles. L’artiste dénonce, à travers certaines de ses œuvres, les groupes stéréotypés et classifiés par l’État, et dénonce aussi les êtres qui oublient leur propre individualité.

 

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À travers sa rébellion contre « l’establishment » et à travers ses performances, il adresse ainsi des messages défiant l’autorité de l’État sur l’individu.

Capitalisme :

 

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Radical dans son rapport au monde consumériste, Keith Haring règle ses comptes et livre une critique acerbe du capitalisme et de la société de consommation.

 

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 À travers certaines de ses œuvres, il s’insurge contre l’hégémonie des États-Unis et du dollar. Il admire Andy Warhol qu’il déclinera en Mickey Mouse dans plusieurs des ses œuvres.

 

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Par ailleurs véritable artiste homme d’affaires, Andy Warhol encourage Haring à ouvrir en 1986, un Pop Shop sur Lafayette Street où tous les objets vendus (tee-shirts, casquettes…) sont à l’effigie de ses œuvres, dans un décor imaginé par lui-même, reprenant l’idée chère à Haring de l’art accessible à tous.

Les œuvres dans l’espace public :

 

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Dès son installation à New York en 1978, Haring commence à exercer son art dans l’espace public. Il réalise alors des affiches publicitaires altérées en photocopiant par centaine des titres remaniés à partir des collages de manchettes de journaux, et les placarde dans la rue sur des lampadaires ou des kiosques. Les activités urbaines de l’artiste atteignent leur apogée lorsqu’il commence à réaliser ses dessins dans le métro (Subway Drawings) sur des panneaux noirs destinés à recevoir des affiches publicitaires.

 

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De 1980 à 1985, ses dessins à la craie (plus de 5000) sont à la fois une performance physique et artistique, voire un acte politique : produire de l’art pour tout le monde car visible par tous. Keith Haring a aussi beaucoup aimé collaborer avec les artistes de son temps, graffeurs, musiciens, danseurs, il y avait chez lui une forme de frénésie et de plaisir à produire des œuvres communes et transgressives.

Religion :

 

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Keith Haring qui a grandi dans un milieu chrétien traditionnel,  considère avec beaucoup de recul et un esprit critique l’Histoire, et notamment celle de la colonisation et de la religion. Il pensait qu’ « une grande partie du mal qui se produit dans le monde est causée au nom du bien (religion, faux prophètes, artistes à la noix, hommes politiques, businessmen…). »

 

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Dans ses dessins et peintures, des croix pénètrent les corps, se collent aux cerveaux. Haring crée dans ses œuvres tardives des scènes dramatiques dans lesquelles l’Église et ses dogmes sont dénoncés comme nocifs pour la société et l’individu. Néanmoins, tout en luttant contre toutes les « religions de contrôle », il respecte la foi individuelle.

Mass Media :

 

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Dans ses premières œuvres, Keith Haring évoque à plusieurs reprises la menace de la substitution de notre réalité par les nouvelles technologies que sont les écrans (télévision et ordinateur). Il s’inquiète par ailleurs du danger qui pèse sur la créativité et l’individualité face à l’hégémonie technologique.

 

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Dans certaines de ses toiles, il peint ainsi, à l’intérieur d’écrans, les thématiques qui le préoccupent comme la puissance atomique, le corps du Christ ou encore Mickey Mouse. La télévision et les écrans d’ordinateur dans ses peintures et ses dessins remplacent parfois le cerveau. Il a lui-même bénéficié très tôt d’une couverture médiatique incroyable et a paradoxalement joué rapidement de la « peopolisation » de sa vie et de ses relations avec Madonna, Andy Warhol, Grace Jones, Jean-Michel Basquiat.

Racisme :

 

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Keith Haring s’intéresse à de nombreuses facettes de l Histoire, il est notamment révolté par toutes les discriminations dans un monde pour lui empreint de racisme et d’oppression (histoire de la colonisation, guerre du Vietnam). L’homme blanc « mauvais » représente pour Haring le pillage, l’oppression, l’esclavage, la cause de la pauvreté.

 

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Dés son arrivée à New York, il est fasciné par la diversité des populations, il rencontre et fréquente des minorités qui l’attirent et dont il se sent proche. Tout au long de sa carrière, Harring s’est ainsi attaqué aux problématiques sociopolitiques et a produit un art engagé.

Écocide, menace nucléaire et apocalypse :

 

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Haring s’engage et cherche à encourager toute action de protection pour sauver la planète. C’est l’époque du développement écologiste. Il défend l’idée que la préservation de l’environnement relève de notre responsabilité. « Nous savons que « les humains » déterminent le futur de la planète. Nous avons le pouvoir de détruire et de créer. » Son engagement personnel se traduit le 12 juin 1982, lors dune immense manifestation contre le nucléaire, par la réalisation à ses propres frais de milliers de posters à distribuer. En 1988, il visite le Musée Mémorial de la Paix d’Hiroshima. Bouleversé, il crée un nouveau groupe d’œuvres évoquant le danger de la guerre atomique.

Dernières œuvres. Sexe, sida et mort.

 

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Lorsqu’il débarque à New York pour étudier, Haring assume pleinement son homosexualité. Il y vit d’abord  une sexualité débridée, qui transparaît à la fois dans son journal et dans ses œuvres où le sexe est très présent. Lorsque le virus du sida se propage dans les années 1980, la lutte contre cette  maladie deviendra sa bataille la plus personnelle, et dès 1985, la thématique du sida apparaît, comme dans son autoportrait aux pois rouges.

 

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Il s’engage en réalisant des affiches en faveur des rapports sexuels protégés, afin d’informer sur cette épidémie. Certaines affiches comme « Silence=Death » ont un caractère purement militant.  Il personnifie le virus sous forme d’un énorme spermatozoïde à cornes dans une série de dessins et de peintures. Personnage officiel, il contribue ainsi à divulguer et faire savoir ce qu’on ne disait pas dans les années 1980 sur cette maladie. Touché lui-même par le virus (il apprend qu’il est contaminé en 1988), il décède le 16 février 1990 à New York.

Je vous invite à regarder le montage photos qui vous donnera un aperçu plus complet de cette superbe exposition, visible jusqu'au 18 août au Palais de Tokio.

 

Source: Plaquette exposition.